August et Debouzy : honneur aux fonctions support

Par Philippe Melot le mercredi 29 septembre 2010
Management des Cabinets d'avocats

Cette chronique est parue aujourd'hui sur le site Village de la Justice.

Jeudi 23 septembre dernier vers 20h, les limousines noires se succédaient devant le parvis du Palais de Chaillot à Paris pour déposer d’élégants couples parisiens se rendant à la soirée des 15 ans du cabinet d’avocats August & Debouzy. Les réceptions privées offertes à leur clients par les cabinets d’avocats sont devenues monnaies courantes ; elles se ressemblent beaucoup par leur luxe, leur raffinement et la beauté des lieux où elles se déroulent. Les convives se pressent autour de buffets somptueux et le champagne coule d‘abondance tandis que le managing partner du cabinet prononce un discours généralement convenu célébrant le succès du cabinet et remerciant les clients qui lui font confiance et sans qui ledit succès ne serait pas au rendez vous.

Mais ce jeudi le discours de Gilles August se démarquait du rite sur au moins deux points : d’abord parce qu’il rendait hommage bien sûr à Olivier Debouzy, co fondateur du cabinet prématurément disparu en avril dernier. Ensuite parce que, oh surprise, il mettait à l’honneur les fonctions supports du cabinet en soulignant leur apport fondamental, avant toute autre catégorie, notamment les avocats. La bibliothèque, le knowledge management, les assistantes, les standardistes, la comptabilité, la communication et le marketing, les RH…se sont entendus cités, mis à l’honneur et remerciés avant les « fee earners »…

Révolution ! dans un milieu traditionnellement hiérarchisé où l’Associé est un Dieu vivant, le collaborateur une ressource corvéable et les fonctions support des… fonctions, précisément, à peine mieux considérées que les actifs corporels, ce sermon sur la Montagne renversant les valeurs a retentit comme un coup de tonnerre, et , espérons le, sera entendu loin dans les réunions d’associés.

En effet, le cabinet August et Debouzy met peut être en avant les fonctions support par pure conviction humaniste ou par souci d’incarner un management moderne où chacun est considéré comme une pièce indispensable au tout. Mais Gilles August, en précisant que pour son cabinet les fonctions support participaient à la valeur ajoutée apportée au client au même titre que les avocats, prenait peut être sans le savoir une position on ne peut plus actuelle dans le débat qui fait rage sur le « value billing » opposé à la facturation horaire. On le sait, la crise économique a accéléré sensiblement le refus par le client d’être facturé sur la base d’un taux horaire fonction de la séniorité de l’avocat ; les directeurs juridiques veulent payer un forfait correspondant à la valeur ajoutée pour leur entreprise de la prestation fournie. Les cabinets d’avocats vont devoir réinventer un « business model » dans lequel la productivité du cabinet ne reposera plus seulement sur la capacité de l’avocat de vendre des « billable hours » mais sur l’efficience de son organisation pour dégager une marge dans une enveloppe donnée tout en gardant un niveau de qualité élevé. Le défi est de taille, et la révolution est en cours. Le Tiers Etat des fonction support monte en puissance dans la chaine de la valeur ajoutée a coté de l’Aristocratie des « fee earners » , les avocats. Souhaitons que sa prise de position mettant à l’honneur les fonctions support stimule la réflexion engagée par de nombreux cabinets d’avocats pour faire face aux évolutions profondes du marché…

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