Avocats / directeurs juridiques, une passerelle facile à franchir ?

Par Philippe Melot le lundi 19 novembre 2012
Recrutement juridique

Sous le titre "Avocats /directeurs juridiques, une passerelle aisément franchissable", le numéro de « Option Droit et Affaires » de cette semaine (14 novembre), porte un éclairage intéressant sur les principaux passages récents d'avocats vers des directions juridique, et les (moins nombreux) passages de directeurs juridiques à avocats. Citons pour les premiers Antoine Vignial de Freshfields à St Gobain, Nicolat Huet de White & Case à Eurazéo, Georges Dirani de Herbert Smith à la BNPP, Pierre Minor de Depardieu à Crédit Agricole, Claire Deléris de Nixon Peabody à Zodiac. Dans l'autre sens, Hubert de Vauplane de la BNPP et Crédit Agricole à Kramer Levin, Pierre-Etienne Kuhn de Axa à Holman Fenwick et plus anciennement Emmanuel Guillaume de France Télécom à Baker McKenzie.

Mais affirmer que la passerelle est aisément franchissable nous semble vite dit. En effet, les obstacles tant matériels que culturels sont non négligeables. Quels sont-ils ?

Le premier est le prestige : l'avocat tire de son indépendance de professionnel libéral une juste fierté, et n'oublie jamais que le salarié, si haut soit-il dans la hiérarchie, est soumis à un "lien de subordination". La perte de cette indépendance est un frein réel pour certains. Seuls les avantages de rémunération et de pouvoir peuvent compenser cet obstacle. Ce qui a considérablement encouragé le passage d'avocats à l'entreprise dans un passé récent, c'est le prestige et le pouvoir grandissant des directeurs juridiques, et parallèlement leurs rémunérations.

Concomitamment les cabinets d'avocats souffrent de la crise, les rémunérations des associés ont baissé, et leur prestige est mis à mal par les appels d'offres, panels et pressions sur les honoraires qu'exercent les directeurs juridiques, devenus maîtres du jeu. Dans l'autre sens, direction juridique à cabinet d'avocat, la perte de la protection du contrat de travail (chômage, retraite, congés) doit aussi être compensée. Or le juriste d'entreprise qui intègre un cabinet d'avocat n'apporte pas de clientèle et de chiffre d'affaire. Donc sauf exception (elles existent mais sont rares) sa rémunération sera plus faible que celle des anciens associés, et sa position sera fragile. L'apport ne peut être qu'une technicité exceptionnelle, une familiarité intime avec les centres de décisions de grands groupes, ou un carnet d'adresse de ministre. Les passerelles à haut niveau nous paraissent trop rares et spécifiques pour affirmer qu'elles sont aisément franchissables. Aujourd'hui elles ne nous paraissent encore que des cas d'espèces, et la résistance à la fusion des professions n'est pas de nature à les généraliser.

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