Avocats en entreprise : connais-toi toi-même !

Par Sharon Golec le mardi 09 octobre 2012
Personnalité des avocats et des juristes

Les avocats souhaitant quitter l’exercice libérale pour entrer en entreprise sont de plus en plus nombreux (500 par an environ en France). Pour autant, beaucoup mésestiment les difficultés d’intégration que pose le passage d’une profession libérale à une activité salariée. Deux études récentes peuvent éclairer ce choix : elles comparent les traits de personnalité des avocats et des directeurs juridiques à celles d’autres cadres d’entreprise.

Les avocats

La premier étude, « Understanding Lawyers: why we do the things we do », menée par le cabinet de conseil Hildebrandt Baker Robbins en collaboration avec le cabinet Hogan Assessments, analyse les résultats des tests de personnalité de quelques 2000 avocats américains, associés et collaborateurs confondus, travaillant dans des grands cabinets, et les comparent à ceux de 4800 cadres supérieurs de toutes fonctions.

L’étude distingue trois catégories de traits de personnalité :

  • les traits favorisant la réussite professionnelle,
  • les traits freinant la réussite,
  • les valeurs professionnelles.

Dans la première catégorie, les résultats des avocats sont particulièrement bas dans le domaine de « interpersonal sensitivity », c’est-à-dire, la capacité à comprendre le ressenti de son interlocuteur et à agir avec tact. Par ailleurs, leurs résultats sont également bas en «capacité à maîtriser le stress » et « capacité à se mettre en avant en tant que "leader" ».

S’agissant des caractéristiques susceptibles d’avoir un impact négatif sur la performance, les avocats ont les scores les plus élevés de toutes les fonctions dans trois domaines : « excitable » (mauvaise maîtrise de stress, tendance à être très critique) ; « cautious » (hésite à prendre des risques et des décisions) ; et « leisurely » (n’aime pas l’autorité). Concernant le stress, les avocats préfèrent largement la stratégie d’évitement, selon l’étude. Les autres fonctions privilégient une stratégie de confrontation.

D’après l’étude, les avocats valorisent des environnements facilitant la production d’un travail de qualité, et dans lesquels ils jouissent d’une grande indépendance. Ils apprécient moins les environnements structurés et hiérarchiques dans lesquels il faut interagir régulièrement avec des personnes variées.

Ces résultats ne sont à la fois surprenants et évidents : il est surprenant d’apprendre que les avocats maîtrisent mal leur stress, car le métier d’avocat est par définition un métier de confrontation qui demande du sang-froid et du contrôle de soi-même. En revanche, on ne sera pas étonné de lire que l’avocat n’est pas un tempérament de « leader », qu’il hésite à prendre des risques et qu’il n’aime pas l’autorité. Quoi qu’il en soit, cette étude s’avérera utile à tous les avocats qui envisagent d’entrer en entreprise, car elle souligne l’écart entre les qualités professionnelles requises pour réussir en profession libérale et en entreprise.

Les Directeurs Juridiques

Dans la deuxième étude, « Becoming the Calm Risk Taker: Attributes for Success in Today’s New Legal Environment », par Cynthia Dow, Russell Reynolds Associates analyse les profils de 3000 cadres supérieurs, y compris des Directeurs Juridiques, au niveau mondial, et met en lumière les principales différences entre les Directeurs Juridiques ayant connu la meilleure évolution de carrière par rapport à d’autres Directeurs Juridiques.

Les constats :

  • Les meilleurs Directeurs Juridiques possèdent globalement le même profil de personnalité que leurs homologues dans d’autres fonctions : ils sont notamment assertifs, persuasifs, confiants, décisifs…ils aiment les défis, font preuve de calme dans les situations de stress… et cerise sur le gâteau, possèdent une étincelle de créativité facilitant l’innovation et la prise de risque (« mischeviousness »).
  • L’écart entre les meilleurs Directeurs Juridiques et les autres est particulièrement prononcé dans deux domaines : la capacité à garder son calme dans les situations de stress (« low excitability ») et la capacité à proposer des solutions innovatrices et à prendre des risques (« mischeviousness »).

Les résultats de cette étude peuvent être utilisés lors des recrutements, des plans de développement personnels, des plans de succession, ou lors de la mise en place d’un référentiel des compétences spécifiques à la fonction juridique. Les lignes directrices sont claires : pour sortir du lot, le Directeur Juridique doit développer sa capacité à gérer son stress en situation de crise, à proposer des solutions créatives et à trancher.

Les études complètes sont disponibles sur les sites suivants :

Understanding Lawyers: Why we do the things we do. Results from the Hogan Assessment Project of Lawyer Personality, Jeff Foster, Larry Richard, Lisa Rohrer et Mark Sirkin (www.hoganassessments.com). Becoming the Calm Risk Taker: Attributes for Success in Today’s New Legal Environment, Cynthia Dow, Russell Reynolds Associates (www.russellreynolds.com).

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