Business minded… vous avez dit business minded ?

Par Philippe Melot le mercredi 22 septembre 2010
Management des Directions Juridiques

Cette chronique est parue aujourd'hui sur le site du Village de la Justice.

Depuis une bonne dizaine d’années, pas une conférence sur la fonction juridique où l’on ne répète à satiété que les juristes d’entreprise doivent être proches des opérationnels, force de proposition, "business oriented", apporteurs de solutions pour l’action, impliqués au meilleur niveau dans les decisions de l’entreprise.

Discours incantatoire ou réalité du terrain ? Un rapport récent du cabinet d’avocats d’affaires anglais Nabarro ("From in house lawyer to Business Counsel", The Lawyer n° 25 du 21 juin 2010) vient apporter un éclairage nouveau et contrasté sur ce point. Il en resort globalement que l’implication des juristes internes dans les decisions stratégiques de l’entreprise reste limitée.

81 juristes internes et 13 CEOs ont été interrogés, représentant des directions juridiques de un a 250 juristes. 3% seulement se considèrent impliqués dans les decisions stratégiques, et seulement 51% des juristes interrogés pensent important que la fonction juridique apporte une valeur ajoutée économique.

Cette étude a certes été réalisée en Grande Bretagne, non pas en France, sur un échantillon relativement limité. Mais elle est intéressante a plus d’un titre pour les juristes français, car elle soulève des points essentiels :

  • le discours consistant à affirmer que les juristes doivent être "business minded" semble loin d’être encore partagé par tous les juristes ; et de fait on rencontre encore beaucoup de juristes qui freinent et bloquent les operations plutôt que de les faciliter. Abus de pouvoir ou manque de competence ?
  • La situation est très contrastée d’une enterprise à l’autre, souvent en fonction des convictions du Directeur juridique, et de la façon dont il se situe sur l’échelle dont les deux pôles opposés sont "dire le droit" d’un coté et " faciliter le business" de l’autre.
  • En revanche la grande majorité des CEO’s attendent de leurs juristes des conseils opérationnels.

Une question clé n’est pas soulevée dans cette intéressante étude : les juristes comprennent-ils suffisamment le business pour conseiller les opérationnels de façon utile ? La formation universitaire des juristes en France est-elle adaptée aux réalités des problèmes de l’entreprise ? La multiplication des DJCE, des MBA et des mastères specialisés permet d’être optimiste. Toutefois chaque juriste dans son entreprise doit, aidé le cas échéant par des formations internes, apprendre les étapes de la valeur ajoutée de l’entreprise, ses produits, ses stratégies, ses concurrents, ses marches. Business minded ? Il ne suffit pas de le proclamer. Il faut s’en donner les moyens.

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