De directeur juridique à General Counsel : quelles perspectives en France ?

Par Philippe Melot le lundi 28 septembre 2015
Management des Directions Juridiques

Tel était le titre de la table ronde organisée à Sciences Po le 24 septembre dernier, à l’occasion du lancement du nouvel Executive Master "General Counsel" conçu en partenariat avec le Cercle Montesquieu.

Animée par Philippe Mélot, ancien avocat et directeur juridique, autour de Beatrice Bihr, Directrice Juridique Executif de Teva Santé, de Anne Sophie Le Lay, Directeur Juridique Groupe de Renault et de Antoine Garapon, magistrat et chercheur, la table ronde réunissait environ 150 directeurs juridiques et avocats autour de 3 questions :

1- Comment se situe le Directeur Juridique français par rapport à ses homologues à l’étranger ?

Entre le General Counsel américain conseil stratégique et le simple scribe de beaucoup de pays de l’Est et d’Asie, le Directeur Juridique français bénéficie d’une position en progrès constant, même si pour beaucoup il reste du chemin à parcourir pour faire partie du comité exécutif et échapper à la tutelle du directeur financier. Sans parler de la confidentialité des avis, refusée aux Directeurs Juridiques tant par les cours européennes que par l’obstination des barreaux provinciaux à ne pas accepter l’avocat en entreprise, qui explique que de nombreuses grandes entreprises se dotent de Directeurs Juridiques américains.

2- Quel périmètre pour les nouveaux Directeurs Juridiques ?

Expert du droit, conseil opérationnel du business, risk manager, responsable de la conformité, chef de projet, manager d’hommes, acheteur professionnel de prestations externes, le nouveau directeur juridique ne cesse de voir s’élargir le champ de ses compétences et des attentes du management à son égard. Pour autant, de nombreux obstacles parsèment le chemin :

  • la formation universitaire des juristes, encore très centrée sur l’expertise technique et très peu transversale, qui ne leur donne pas les armes pour comprendre les stratégies d’entreprise.
  • le management de l’entreprise, en particulier les directeurs financiers, qui voient souvent encore dans le Directeur Juridique un simple "metteur en forme" de décision stratégiques auquel il n’est pas invité à participer.
  • les moyens souvent limités des fonctions transversales tant en équipes juridiques que en budget de consultations extérieures.

3- Comment évoluer de DJ à GC ?

Pour faire face tant à ces nouvelles responsabilités qu’à la résistance de certains dirigeants, le Directeur Juridique doit s’armer intellectuellement et personnellement : c’est ce que propose Sciences Po dans son nouveau programme de un an à raison de 3 jours par mois, s’adressant à des juristes à fort potentiels bénéficiant d’une dizaine d’années d’expérience. 3 blocs de modules sont prévus :

  • comprendre la stratégie de l’entreprise, son financement, ses jeux de pouvoir, ses moyens de conquérir des marchés, sa communication, son organisation.
  • devenir un leader: le leadership ce sont des techniques, mais surtout une appétence pour le management des hommes, finesse et doigté dans la prise de décision, ouverture aux cultures étrangères.
  • comprendre les grands enjeux juridiques du monde contemporain: digitalisation, deals de justice avec les autorités de régulation, rôle des juristes dans la communication de crise, négociation juridique interculturelle.

Au-delà d’une expertise technique considérée comme acquise, le General Counsel est celui ou celle qui contextualise le paramètre juridique dans l’ensemble des contraintes et opportunités de l’entreprise. Pour cela il lui faut hauteur de vue, recul et capacité à dialoguer avec l’ensemble du management au niveau stratégique. Il ne reste plus qu’à espérer que cet Executive Master, le premier en son genre et unique en Europe, rencontrera un franc succès auprès des Directeurs juridiques en poste ou potentiels.

http://www.sciencespo.fr/formation-continue/formation/executive-masters/general-counsel/3141/1

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