Esprit de géometrie ou esprit de finesse ?

Par Sharon Golec le lundi 28 mai 2012
Management des Directions Juridiques

La revue « Corporate Counsel » vient de primer les « meilleurs directions juridiques américaines 2012. » Parmi les sélectionnées, celle de la société Celanese (industrie chimique, 34 juristes dans le monde), a su conjuguer deux qualités à première vue antinomiques :

  1. la capacité à structurer, à mettre en place des process
  2. la créativité.

Quelles bonnes pratiques peut-on retenir de cet exemple ?

Process

Les process doivent être cohérents avec la culture d’entreprise. Dans cette société à forte culture scientifique, la création et la mise en place par le Directeur Juridique de nombreux process, utilisant une approche très structurée, proche de celle des ingénieurs, contribuaient à renforcer le positionnement de la direction juridique en tant que « business partner».

En voici quelques exemples :

  • Mise en place des process permettant une implication plus en amont des contentieux, notamment par la mise en place d’une procédure d’enquête interne.
  • Établissement par tous les juristes, mêmes les plus expérimentés, de « check lists » et de procédures pour des opérations standards.
  • Établissement de critères objectifs de choix de cabinets d’avocats, de décision de transiger un différend…
  • Mise en place d’un système d’évaluation pour les cabinets d’avocats, comprenant des critères quantitatifs et qualitatifs.

À travers ces process, les juristes ont démontré qu’ils parlaient le même « langage » que les opérationnels. En plus de leur valeur intrinsèque (efficacité, mesurabilité…), les process ont facilité la communication sur la valeur ajoutée de la fonction juridique. Mais les juristes ont su démontrer leur créativité, au-delà de la technicité juridique.

Créativité

Nombreuses sont les directions juridiques cherchant à mieux communiquer, notamment en rendant la fonction juridique plus attrayante et « user friendly ». Plusieurs bonnes pratiques de cette direction juridique sont à retenir :

  • Création d’une campagne de marketing interne (« garder secret nos secrets »). Celle-ci a montré les juristes créatifs, communicants et capables d’aller au-delà de la pure technicité juridique.
  • Création de publications internes sur des sujets juridiques. Un effort particulier a été porté sur la présentation (attirante) et la rédaction (sans jargon). Résultat : les juristes consultés plus en amont ; l’image de la direction juridique améliorée.
  • Le « Code of Conduct » a été refait dans un nouveau format, facile à lire, utilisant des images et un graphisme attrayant, et incorporant des mini-études de cas tirées de la pratique.

Par ailleurs, le Directeur Juridique a participé à la création d’un groupe de travail transversal, composé de juristes et d’opérationnels, pour faire du « brainstorming » sur de nouveaux produits. Les juristes, impliqués très en amont des nouveaux projets, participent donc à l’innovation.

Comme nous montre l’exemple Celanese, les juristes peuvent être à la fois processuels et créatifs. Rien n’oppose la rigueur de l’ingénieur à l’imagination du littéraire, « l’esprit de géométrie à l’esprit de finesse » (Blaise Pascal, Pensées).

Pour plus d'informations, voir « Systems with Room for Hunches : Celanese », Jan Wolfe, Corporate Counsel, juin 2012.

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