Juristes et communication : je t’aime moi non plus ?

Par Philippe Melot le mardi 09 juillet 2013
Communication et marketing

La communication a pris, avec l’avènement de l’internet, une importance fondamentale dans tous les domaines de la vie sociale, politique et économique. Les techniques de marketing ont évolué pour intégrer l’explosion des chaines de télévision sur la TNT, les réseaux sociaux, Twitter, les blogs, les sites internet, et le -relatif- déclin parallèle de l’imprimé. Cette réalité est incontournable, mais elle en heurte plus d’un, notamment parmi les moins jeunes formés à l’ère précédente du papier et secoués par la révolution digitale.

Outre les différences générationnelles, les cultures professionnelles prédisposent plus ou moins à la communication : à cette aune, les juristes, avocats ou juristes d’entreprise mais aussi notaires et magistrats, ne sont pas les mieux logés. L’écrit –notamment comme règle de preuve- reste l’outil de base du juriste. En effet l’écrit est l’allié de la précision, du mot ciselé qui reste. La communication « Twitter » et « Facebook » est à l’opposé de cela : rapide, imprécise, éphémère, vite oubliée, elle laisse sceptique voire hostile bien des juristes. Pourtant le phénomène est irréversible, et les juristes doivent, qu’ils le veuillent ou non, devenir des communicants. Pourquoi ?

  • D’abord pour convaincre : pour les avocats, il ne suffit plus d’être de bons experts. Dans un marché du droit devenu très concurrentiel, il faut se faire connaître. Or à part quelques pionniers qui ont su inventer un droit nouveau et occupent des niches (droit boursier, droit des nouvelles technologies, droit de la concurrence), la majorité des avocats offrent la même qualité de prestation, en corporate /M&A notamment. Comment se différencier dans les appels d’offres auxquels sont soumis de plus en plus souvent les cabinets, comment convaincre le client de vous choisir ? Il est intéressant à ce titre d’analyser les sites internet des cabinets : on identifie aisément ceux qui ont choisi de jouer la carte d’une communication attrayante et moderne et ceux qui y sacrifient à contrecoeur.
  • Ensuite pour expliquer : le droit comme toute matière technique, est abscons pour les non spécialistes. Mais il n’est pas une fin en soi, et il doit être replacé dans un contexte économique plus global. Les juristes d’entreprise sont au cœur de ce combat quotidien - et c’est l’un des intérêts principaux de leur métier- consistant précisément à communiquer : expliquer à des opérationnels des solutions business et non les articles du code ; parler en langage d’entreprise et non en latin de faculté de droit ; gérer le risque juridique dans la rapidité, et non retourner chaque pierre dans le lit de la rivière.
  • Enfin pour décider : avocats comme juristes internes doivent aider leurs clients à trancher. Au temps de l’analyse succède celui de la synthèse et de l’action. Le bon conseil est celui qui débouche sur une décision.

Que ce soit par nécessité de preuve, par obligation de confidentialité, par souci de protéger les secrets du client ou de l’employeur, le juriste se méfie de la communication.

Par ailleurs, rien dans sa formation ne l’y prépare : marketing, communication, business developpement sont des techniques récentes qui n’ont pas ou peu atteint les rivages cloisonnés des facultés de droit, et à peine celle des trublions innovants que sont Science Po et H.E.A.D. ou même les Mastères d’Ecoles de commerce. Pour autant, les générations « Y » nées avec l’internet communiquent comme Mr Jourdain faisait de la prose. Le hiatus de base entre la communication et le droit n’est pas une fatalité : l’inventivité dont font preuve certains cabinets et certaines directions juridiques en ce sens le montre amplement. Aujourd’hui, les « bons » juristes sont des communicants.

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