La gestion de carrière des avocats a-t-elle des spécificités ?

Par Sharon Golec le lundi 08 mars 2010
Recrutement juridique

Nous avons répondu à cette question posée par la rédaction du site Village de la Justice.

Si les avocats libéraux ne « gèrent » pas leur carrière comme des salariés d'entreprise, il n'en demeure pas moins que les parcours professionnels peuvent être optimisés et s'inscrivent sur un terrain balisé dont nous proposons ici d'éclairer les principaux repères.

1. Le domaine de spécialisation

C'est la première évidence : les spécialités ne se ressemblent pas. Certaines sont peu sensibles à la conjoncture : la fiscalité, le contentieux, la propriété intellectuelle, le droit du travail... D'autres sont très liées à la santé de l'économie, comme la crise récente vient de le rappeler : fusions / acquisitions, droit boursier, droit financier... Certaines spécialités se pratiquent essentiellement dans les grands cabinets internationaux et requièrent une spécialisation poussée. D'autres sont l'apanage des cabinets généralistes : le droit des affaires au sens large, notamment pour les PME...

Cependant la plupart des spécialités peuvent être pratiquées dans tous types de structure, la principale différence étant la taille des clients et surtout le caractère franco-français ou international des dossiers.
Un jeune avocat doit donc d'abord déterminer s'il veut travailler en grande ou petite structure, sur des dossiers nationaux ou internationaux (au quel cas il devra parler un très bon anglais). S'il envisage à terme de passer en entreprise, il ne faut pas se limiter à un domaine de spécialisation pointue.

2. Le choix du cabinet

a) Le premier cabinet

La concurrence est vive et l'on ne choisit pas toujours son premier cabinet. Mais le clivage est assez net entre les jeunes collaborateurs choisissant dès les stages les structures internationales et ceux qui préfèrent les cabinets plus petits et plus généralistes. Une fois le choix initial opéré, le CV prédispose à continuer dans la voix choisie : grand international, structure moyenne, petite structure. Car les cabinets d'avocats ne prennent pas de risque et ont tendance à recruter des collaborateurs venant des structures similaires. Le choix du premier cabinet, fondamental, doit reposer sur une analyse de son projet professionnel, de ses capacités et de sa personnalité.

b) Les cabinets ultérieurs

Plus on avance dans la carrière plus les changements deviennent risqués. A l'évidence les collaborateurs possédant quatre à six années d'expérience sont les plus recherchés et les plus « fongibles ». Au-delà, les rémunérations deviennent élevées, les questions d'apport de clientèle et d'associations se posent et des changements répétés sont mal vus. Il y a donc lieu de bien analyser sa propre situation, ses aspirations et le marché avant de changer de structure.

3. Avocat ou juriste d'entreprise ?

La fusion entre les professions qui fait couler tant d'encre est réalisée sur le terrain. Toute offre d'emploi de juriste d'entreprise attire de nombreuses candidatures d'avocats, et environ 500 avocats par an rejoignent l'entreprise. Ce pas doit être franchi assez tôt : passé cinq années d'exercice en cabinet les employeurs hésitent à prendre un avocat qui n'aura pas acquis la culture de l'entreprise. De plus, la majorité des postes proposés sont relativement généralistes. Au-delà de cinq à huit années en cabinet, l'avocat risque d'être trop spécialisé et surtout d'avoir une culture de profession libérale difficilement acclimatable dans une structure d'entreprise. Enfin, l'avocat associé visant un poste de directeur juridique a peu de chance, pour les mêmes raisons. Néanmoins, le passage en entreprise sera plus facile s'il s'agit d'un poste chez un client connaissant déjà l'avocat, sa personnalité et sa capacité à apporter des solutions.

« Gérer » une carrière d'avocat demande une bonne connaissance du marché tant de l'offre que de la demande. Il est recommandé de lire la presse spécialisée, d'analyser les annuaires et les classements pour savoir « naviguer » dans les méandres du marché du droit et des carrières juridiques.

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