LE DROIT: JE T’AIME, MOI NON PLUS

Par Philippe Melot le vendredi 29 septembre 2017
Bilan professionnel pour juristes et avocats

Ils sont nombreux ces juristes qui se sont dirigés vers le droit par défaut plus que par vocation. Un jour ils se réveillent et se disent " je ne m'épanouis  pas dans mon travail de juriste". Le droit m'ennuie et j'ennuie le droit. Je t'aime, moi non plus. Que faire alors? C'est le problème de la reconversion professionnelle. 

Tout dépend de l'âge de la prise de conscience. Plus elle est tardive, plus elle est difficile: un étudiant  en Master 2 peut se lancer dans un métier éloigné du droit en faisant valoir sa solide formation intellectuelle, appréciée partout. 10 ans plus tard, après avoir pratiqué comme avocat ou juriste d'entreprise, le monde professionnel colle une étiquette, encarte, spécialise, et condamne le relapse à exercer jusqu'à la fin la seule chose qu'il sait faire et qui mérite rémunération : du droit. Erreur. On ne fait bien que ce que l'on aime. Si tu n'aimes pas le droit, il ne t'aimera pas non plus. Soyons juste: notre société est beaucoup plus ouverte aujourd'hui qu'elle ne le fut pour les générations précédentes:  coachs, DRH,  consultants en outplacement aident de plus en plus les déçus de la vie professionnelle à se réorienter vers leur métier de cœur et non de raison.
On ne regarde plus de travers les reconvertis. On les admire même souvent, car la reconversion, comme le divorce, coûte cher. Repartir à zéro ou presque dans un nouveau métier demande humilité et sacrifice.
Chaque cas est spécifique, mais s'il fallait synthétiser, on pourrait dire schématiquement que trois options s'ouvrent au juriste de 40 ans qui n'aime pas ou plus le droit:
- la plus facile, rester juriste et pratiquer la spécialité la plus attrayante. Par exemple laisser tomber le droit des sociétés pour le droit social ou de la concurrence. On reste dans la famille et on s'accommode, en restant dans la même entreprise, le même cabinet, ou en en changeant.
- deuxième possibilité: abandonner le droit mais capitaliser sur sa technicité en restant dans une profession connexe: DRH d'équipes juridiques, consultant, chasseur de tête ou journaliste dans les métiers juridiques. Réorientation plus facile car on garde la légitimité du spécialiste, tout en ouvrant les perspectives. C'est aussi ce que font celles et ceux qui deviennent secrétaire général voire patron d'entreprise.
- troisième solution, radicale, changer totalement de métier. Contrairement aux deux précédentes où les exemples sont nombreux, cette voie radicale est rarement empruntée, pour des raisons pratiques évidentes: plus on avance dans la vie, plus on est pris dans un faisceau de responsabilités et d'engagements dont Il est difficile de se défaire. Tout n'est plus alors que choix personnel et circonstances favorables ou non.

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