UBERISATION DU DROIT: OPPORTUNITE OU MENACE?

Par Philippe Melot le vendredi 25 mars 2016
Formation des juristes

L'expression est à la mode: tout devient "uberisé".  Pas seulement les taxis, les agences de voyage, les supermarchés, les médecins:  les services juridiques aussi.  Le digital et internet permettent à tous de se fournir sans intermédiaire, d'accéder au produit en direct, d'éviter les coûts indirects.  Enorme gain de productivité.  Les prestations juridiques dans tous celà?  C'est évident: ce contrat, cet acte administratif ou de procédure, ce formulaire jargonnant dont l'utilisateur, entreprise ou particulier, avait besoin et qu'il ne pouvait se procurer que par un avocat ou son juriste interne, aujourd'hui il le trouve sur internet avec son mode d'emploi, ou par le biais d'une start up du droit - il s'en crée comme pousse les champignons - qui lui facturera 10 fois moins que les professionnels habituels.  Malgré les efforts des avocats - pas tous - pour mettre des bâtons dans les roues à ces start-up (atteinte au sacro saint monopole du droit...), le mouvement est en marche et avance très vite.

Plutôt que d'entrer dans l'avenir à reculons, pourquoi ne pas adapter les stratégies au monde nouveau et à un progrès technologique et social inévitable?  Face à la standardisation des actes et procédures simples et répétitives, les juristes d'entreprise et avocats doivent utiliser au mieux les nouvelles technologies pour déplacer le curseur de leur valeur ajoutée vers le haut, là où aucunce intelligence artificielle ne les remplacera: la négociation, l'appréciation des risques, la contextualisation du paramètre juridique dans son environnement business.

Les avocats sont très inquiets face à cette révolution: non seulement la rédaction d'actes et contrats, mais la procédure est accessible à bas prix (la plateforme demanderjustice.com vend 89 Euros une assignation).  Leur marché va se tarir rapidement.  Les grands cabinets intervenant sur des opérations complexes ne sont pas menacés, mais les moyens et petits le sont.  Quant aux juristes internes, leurs responsabilités augmentent: conformite, risk management, gouvernance, veille juridique, affaires publiques parfois, conseil opérationnel toujours, s'ajoutent à leur tâche habituelle de production contractuelle, toujours plus lourde.  Les juristes doivent plus que jamais être les partenaires business de l'entreprise.  Leur avenir est là, aux côtés des opérationnels, dans la compréhension des rouages de leur entreprise, ses produits, ses stratégies, ses concurrents, ses femmes et ses hommes.  C'est là qu'est leur valeur ajoutée, et non dans une technicité juridique étroite.  Les formations des juristes, tant à l'université que en cours de carrière, doivent s'adapter à cette évolution pour former des "business juristes".=

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